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Dernière mise à jour : févr. 19

Le monde évolue, les années passent et l’environnement dépéri. Que laisserons nous à nos générations futures si nous n’agissons pas maintenant ? Parce que les dérèglements climatiques sont de plus en plus inquiétants, que l’écosystème est bouleversé et que les ressources de la Terre sont surexploitées, nous devons changer le système. Jean-Yves nous parle de son association alternative :


Tour Alternatiba

PARLE NOUS DE TOI



Peux-tu te présenter ?


Je m’appelle Jean Yves, je suis membre fondateur de l’association alternative Alternatiba, enseignant spécialisé à la retraite et militant associatif depuis des années.


Quel a été le déclic qui t’a fait t’engager ?


Je fais partie d’une asso environnementale depuis tout petit, puisque mes parents étaient membres d’une asso qui s’appelle « Amis de la nature ». Cela m’a fait prendre conscience de pas mal de choses. C’est une asso qui gère collectivement un gite en pleine campagne à côté de Tôtes. On avait l’habitude de se retrouver tous les week-ends là-bas, à l’époque pour jouer, puis grandir et enfin pour s’occuper de l’environnement autour de cette maison. J’ai démarré mon engagement avec la lutte autour du nucléaire. C’est un peu la lutte active de la jeunesse de l’époque (1985). J’ai milité comme ça au début et puis ça n’a pas arrêté jusqu’à ce que je fasse la rencontre du collectif Alternatiba.


D’ailleurs, on est moins dans la pédagogie, on est plus dans l’action aujourd’hui.

Raconte-nous ton plus beau souvenir au sein de ton association :


C’est toujours mélangé, il y a en même temps des beaux souvenirs mais aussi des galères. Mon plus beau souvenir, c’est le premier village qu’on a organisé avec Alternatiba. Les villages des alternatives sont des rassemblements citoyens ancrés dans un territoire. Dans une ambiance festive et ludique, on réorganise l’espace public autour des thématiques qui constituent notre société (alimentation, économie, agriculture, énergie, éducation, etc.) pour permettre à toutes et à tous de venir découvrir et partager des solutions concrètes au défi climatique. Et pour ce premier village on partait de rien ! C’était une première expérience super intéressante. On a fait un beau village sur l’avenue Pasteur et sur les quais de Rouen. On était seulement une quinzaine à accueillir environ 1000 personnes sur ce village alternatif. Il faut avouer que c’était un beau souvenir.



Que tires-tu de cet engagement sur ta vie personnelle ?


Je fonctionne beaucoup dans le social, dans la rencontre des gens. Alors l’environnement, ça a été le support mais ça aurait pu être autre chose. Je suis aussi très orienté sur la musique, le chant en particulier. Elle offre aussi un coté social intéressant mais l’environnement, c’est la projection vers le futur. Il faut demande quelle qualité de future va-t-on laisser à nos enfants ?


"Ce qui est important aussi pour l’environnement et que les gens ignorent, c’est la manière dont on gère notre argent "

Quelles genres d’actions à échelle personnelle conseilles-tu de mener pour l’environnement ?


Il y a pleins de petites choses que tout le monde connait maintenant. D’ailleurs, on est moins dans la pédagogie, on est plus dans l’action aujourd’hui. Les gens maintenant savent ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Même si ce sont des choses banales, ce sont des choses importantes. Ce qui est important aussi pour l’environnement et que les gens ignorent, c’est la manière dont on gère notre argent. Qu’on en ait peu ou beaucoup, ça a un impact très important. C’est une des premières choses à faire quand on veut militer. Il faut s’intéresser à la manière dont son argent est utilisé par les banques et à quels fins environnementaux ou plutôt non-environnementaux… C’est quelque chose dont trop peu de personnes sont conscientes. Pour le reste, c’est par exemple faire attention à l’usage de la voiture, au tri, à ce genre de chose. C’est rentrer dans les mœurs, même si ce n'est pas globalisé. Ce n’est pas massifié, il faudrait que ça le soit un peu plus, il reste du travail à faire mais ça avance de ce côté-là.

PARLE NOUS DE TON ASSO


" A l’époque quand on parlait du dérèglement climatique on avait plutôt tendance à nous rire au nez "

Tu es un membre fondateur d'Alternatiba, mais Alternatiba c’est quoi concrètement ?


Alternatiba Rouen est né en 2014, suite à la venue de copains d’Alternatiba Bayonne à la fête qu’il y avait eu à la Ferme des Bouillons au mois de juin. Ils ont présenté ce qu’ils faisaient à Bayonne et les projets qui allaient arriver l’année d’après, qui était l’année de la COP 21. Ils souhaitaient faire un tour de France Alternatiba pour monter des villages un peu partout. Alors on s’est dit que ça pouvait être quelque chose de très intéressant. Ils ont rassemblé pratiquement 10 000 personnes sur le village de Bayonne ! Donc on a créé un petit comité avec des gens qui militaient dans plusieurs associations. Et après quelques mois de travail, d’élaboration des statuts, on a pu créer l’association officiellement. Les statuts ont été déposé en novembre 2014. A cette époque-là, le groupe de base lors des premières assemblées générales, c’était environ une quarantaine de personnes.



Quelles sont les autres villes qui accueillent Alternatiba ?


En France, à l’issue du tour Alternatiba, il y a plus de 120 groupes mais certains se sont constitués seulement pour accueillir le tour. Actuellement, il y en a dans à peu près toutes les grandes villes de France, à peu près 80 groupes actifs. Cela varie plus ou moins en fonction de la taille des villes et de la motivation du groupe, tout est relatif.


Photo par Baptiste Soubra

Quelles sont les personnes que vous visez de manière générale, avec quelles actions ?


Au début, c’était vraiment axé sur la prise de conscience de la problématique du dérèglement climatique. En 2015, les gens n'avaient pas la conscience qu’ils ont maintenant. A l’époque quand on parlait du dérèglement climatique on avait plutôt tendance à nous rire au nez. Maintenant quand on voit des inondations, les gens se disent que quand-même, il se passe des choses bizarres. C’est pour ça qu’il fallait faire beaucoup de pédagogie, qu’on a créé des villages et qu’on s’adressait vraiment aux citoyens pour que les gens prennent des habitudes différentes. Par exemple, le groupe « 0 déchets » de Rouen est né à Alternatiba en 2015. Il n’existait pas avant.


Parallèlement, on s’adresse aux dirigeants, aux politiques. Notamment au travers d’ANV (action non violente) qui est un peu la deuxième jambe d’Alternatiba. Ces actions permettent d’enfoncer certains clous, à certains moments. On intervient sur des lieux où il va se passer des choses climaticides.


Donc ces deux genres d’actions parallèles d’Alternatiba, sont un peu comme les deux jambes de l’association. La jambe pédagogique, qui commence à disparaître progressivement et la jambe active, qui elle au contraire, à tendance à prendre de l’ampleur. Notamment sur les grosses luttes qu’il y a actuellement, comme le pseudo-contournement de l’autoroute, l’implantation d’Amazon etc. Tout ce qu’on considère comme des projets climaticides ou porteur d’une image sociale négative



ANV COP21 constitue la branche « résistance » du mouvement Alternatiba et se revendique comme un mouvement populaire, non violent axé sur le défi climatique. Quels genres d’actions mettez-vous en place ?


Par exemple sur Amazon, il y a des actions qui sont à l’initiative des collectifs nationaux, comme les Amis de la terre, Attac, ou ANV Alternatiba. On a suivi ces actions en particulier au mois de décembre. On a fait 2-3 actions d’affichages, qui visaient les permanences des députés locaux. Ce sont pour la plupart des députés de la République En Marche, favorable à l’implantation d’Amazon. Donc on est allés un peu les titiller. À coté de ça, on fait des actions un peu plus soft, d’affichages, de taguage, d’écritures à la craie etc. Ce sont toujours des actions qui sont préparées. Dans le groupe, chacun a une tâche à accomplir. Ce ne sont pas des actions qui sont improvisées au dernier moment, ce qui fait la différence avec pas mal d’autres groupes.


Dans chaque groupe, on a une personne qui est chargée de rencontrer les gens, d’aller vers les forces de police, d’agir etc. Le principe d’ANV, c’est que le groupe est construit autour d’un briefing avec des actes très précis. Une des plus grandes actions qu’on ait faites, c’était le blocage de la défense, en 2019. Il y avait 2000 activistes en tout. Bloquer 4 tours à La Défense, c’était monstrueux mais c’était aussi une préparation en amont qui était énorme. Il n’y a jamais d’improvisation dans ces moments-là. Les gens font n’importe quoi s’ils sont livrés à eux même. Il faut qu’il y ait une protection vis à vis des forces de l’ordre et vis à vis des gens parce que, par exemple, à La Défense, les gens qui voulaient aller travailler étaient plus violents que les forces de police. Alors il fallait leur faire comprendre pourquoi on était là.



Blocage des quatre tours de la Défense

Avec qui menez-vous ces actions ?

Dans le mouvement national, il y a un certain nombre de salariés et pas mal de services civiques. Le national fonctionne avec un groupe qu’on appelle « La Team », constituée d’une cinquantaine de personnes réparties sur toute la France. La Team organise 3 fois par an, ce qu’on appelle une coordination nationale, dans laquelle sont représentés tous les groupes. Ça représente au peu près 100 à 150 personnes. À Rouen, on avait organisé celle de l’été 2018. On avait un peu moins de délégués parce que c’était le 14 juillet, mais on avait quand même 80 personnes. Dans cette coordination qui est complètement horizontale, il n’y a pas de hiérarchie, toutes les décisions sont prises au consensus. Il y a très rarement des votes. Quand on n’arrive pas à se décider, on remet le sujet à la réunion d’après, pour qu’entre deux, il y ait un effort de concertation. Ça fonctionne comme ça au niveau national. Au niveau local rouennais, on est un petit groupe. On a juste un service civique et le reste ce sont uniquement des bénévoles.

Et si on veut vous rejoindre, ça se passe comment ?

Il y a différents moyens de nous contacter, mais Facebook est le moyen le plus simple.


Facebook : Alternatiba Rouen

Quels sont les moyens dont vous disposez ?


La ressource première de l’association sont les cotisations. Mais ce n’est pas énorme et on n’a pas de subventions de fonctionnement par choix. C’est à dire que l’association ne veut pas de subvention institutionnelle, pour pouvoir vivre tranquille et de manière complètement indépendante. Par contre, sur les actions qu’on fait comme les chapiteaux à La Friche, là on fait des demandes de subventions sur projet qui nous permettent de payer par exemple les musiciens, et les gens qui sont intervenus. Ce sont des gens pour la plus part intermittents, qu’on peut indemniser grâce à nos subventions. Avec seulement nos cotisations, ce n’aurait pas été possible.


Avez vous des besoins spécifiques ?


Le projet de l’année (à part les projets militants autour d’Amazon ou de l’autoroute), c’est de créer un lieu inter associatif qu’on appellerait « La BASE ». Ça veut dire « Base d’Action Sociale et Écologique ». On voudrait construire ça à Rouen. Donc on fera un appel à dons sérieux, parce que dans l’idée d’avoir une indépendance, on est à la recherche d’un lieu dont on serait locataire et ça coûte de l’argent. On souhaiterait développer un café associatif pour payer le loyer. C’est notre axe de travail, car on pense que vu comment la vie associative rouennaise est morcelée, un lieu comme ça nous permettrait d’avancer encore plus en réunissant les gens autour d’actions, d’expos et de concerts avec toujours le fonds militants présent.

La BASE, Paris


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