LE JOURNAL

tout savoir sur ce que défend la friche et ses partenaires

  • Atelier Lucien

• ITW • kOura pour un avenir meilleur

Mis à jour : févr. 19

Un repas chaud ou un bout de couette, c’est peut être banal pour nous, mais combien n’y ont pas accès tous les jours ? Tout le monde mérite une vie décente pourtant. Et si on donnait de son temps pour un avenir meilleur ? Koura nous explique comment aider à rééquilibrer la balance :


Barbecue solidaire à la Friche 2020


"On n’allait pas partir avec nos sandwichs, nos petits sacs à main et dire bye bye"


PARLE NOUS DE TOI



Peux-tu te présenter ?

Moi, c’est Koura Diouf, de l’association Pour un Avenir Meilleur (PAM).

Quel a été le déclic qui t’a fait t’engager ?


On va dire que le déclic, je n’ai pas eu le choix de l’avoir. J’ai été confronté à la situation il y a 3 ans. J’accompagnais tout simplement ma cousine apporter à manger à des personnes qui étaient dehors. C’était des personnes qui avaient décidé de migrer et qui étaient arrivées à Rouen. Principalement des adultes, des hommes Soudanais ou encore des Maliens qui n’avaient pas la possibilité d’être logés ou d’être pris en charge administrativement. On s’est donc retrouvé avec 30 personnes autour de nous, puis la police est arrivée. Ils n’avaient nulle part où aller... On n’allait pas partir avec nos sandwichs, nos petits sacs à main et dire bye bye. Donc ça a un peu commencé comme ça. Après on a tenu un accueil, sur les Hauts de Rouen. Ça nous a permis d’avoir un accueil pendant 9 jours, avec plein de bénévoles qui venaient d’un peu partout et c’est comme ça que notre engagement a commencé. Mais ce n’était pas vraiment prévu au programme. Je ne pensais pas me retrouver comme ça au bout de 3 ans même si j’ai toujours un peu aidé. Quand j’étais petite j’adorais emmener des sacs de riz, parce que ce que je voyais à la télé me touchait. Appeler au Téléthon de temps en temps ou d'autres actions de ce type, ce sont des choses qu’on m’a appris à faire depuis toute jeune. Et puis ma vie a clairement changé depuis 3 ans. Je ne suis pas encore une vraie maman, mais je suis une maman quand même.

Quelles sont tes aspirations ?


Mes aspirations, c’est surtout lutter contre l’inégalité. On se rend compte que finalement, il y a pas mal de choses qui ne sont pas normales. On est face à des personnes qui ont décidé de se battre pour avoir un avenir meilleur. Mes aspirations, c’est de faire en sorte que la vie soit plus belle pour des personnes qui le méritent car jusqu’à preuve du contraire, tout le monde mérite d’avoir une vie à peu près décente.

Quel est ton plus beau souvenir au sein de l’association ?


J’ai plein de très beaux souvenirs. Déjà, on rigole beaucoup, même lorsque c’est dur. On trouve des solutions, on s’adapte, on bricole. Mais en tout cas, on a l’entre-aide et l’entre-aide, elle est des deux côtés. Elle est aussi bien du côté des personnes qui ont besoin de soutien, que du côté des bénévoles des différentes associations car nous ne sommes pas la seule. On est même un peu la « baby association » des migrants de Rouen.



Barbecue solidaire 2020

Un de mes plus beaux souvenirs, c’est aussi à la Friche. Le barbecue solidaire, c’était vraiment cool. On était tous ensemble, on a rigolé, on a dansé, on a partagé avec des personnes de la Friche et avec des personnes qui étaient sûrement venues tout simplement pour se détendre. Ça a créé une mixité : plus les gens se mélangent, plus on peut faire de choses. Peut-être que c’est la société qui nous fait avoir peur un peu les uns des autres. En tout cas, suite à cet épisode, on a eu d’autres très beaux événements, ce qui a entrainé de nouveaux bénévoles et de l’engagement ponctuel de la part de nouvelles personnes. On a eu aussi beaucoup de dons et on s’est rendu compte que le partage, ça faisait beaucoup de choses.

Que penses-tu du mot « migrant » ?


Je pense qu’il n'y a pas de honte derrière le mot « migrant », parce qu’il existe et c’est comme ça. Je suis moi-même issue de l’immigration. Mais il y a peut-être d’autres appellations, parce qu’aujourd’hui on a un peu noirci le mot. C'est plutôt un melting-pot de belles choses à découvrir. Quand tu es bénévole d’une asso telle qu’elle, ça va du gout culinaire, à la danse, en passant par la culture et l’approche différente d’un métier.

PARLE NOUS DE TON ASSO

Peux-tu présenter ton association ?

Nous, comme je le disais auparavant, c’est l’association Pour un Avenir Meilleur. On est une association collégiale, c’est à dire qu’on décide et qu’on partage les décisions de l’association tous ensemble. On s’est créé à la fin de la mise à disposition des espaces sur les Hauts de Rouen, il y a 3 ans. Nous avons décidé de se réunir avec des bénévoles qui avaient envie de s’engager et avec des primo arrivants (c'est-à-dire des migrants). Parce que pour nous, l’association c’est les bénévoles et les personnes soutenues. C’est important pour nous que tout le monde puisse participer aux décisions de l’association. Si on comptabilise les bénévoles actifs et les moins actifs, on est environ une trentaine de personnes.

Quelles sont les actions que vous menez ?


On a plusieurs champs de compétences. C’est en premier lieu le soutien : on accompagne sur l’aide administrative, beaucoup sur le domaine de l’insertion aussi. Cela permet d’offrir au public vraiment ce côté de boost, d’aller vers l’avant. Une fois toutes les galères passées, on peut avancer vers le soutien en aide alimentaire, qui est une grande activité de l’association. Nous avons de la chance d’avoir des personnes très généreuses qui nous offrent des dons. On apporte aussi ce lien culturel qui est important. On aime faire participer des publics jeunes ou moins jeunes à des activités culturelles, comme aller au théâtre, à La Friche, faire découvrir d’autres univers. En aucun cas on impose un sport ou une activité mais on les dirige sur l’appétence de la personne et réfléchir à ce qui lui plait.


"Faire en sorte que la vie soit plus belle pour des personnes qui le méritent"

Dans la mesure du possible, on essaye d’orienter vers un métier. On choisit souvent pour les personnes sans leur demander leur avis, « Faut que tu fasses ça, que tu fasses ça ou ça ». Sauf que l'on s’est rendu compte qu’il y avait des personnes qui avaient de très belles compétences. Ça peut être dans le sport, la musique ou encore dans le bois. C’est un travail profond avec les personnes, parce que même lorsque qu’on leur montre ce qui est possible, elles peuvent parfois prendre un peu peur. Puis elles se rendent compte que ça a du sens, donc on intervient sur le champ de l’insertion et on essaye tout simplement d’apporter un peu de gaité et de bonheur au quotidien de ces gens.

Comment le public vient vers vous ?


Je crois qu’il y a surtout de l’audace chez les différents bénévoles, qui ont déjà leur propre réseau. Moi par exemple, je travaille dans le domaine de l’insertion, donc ces thématiques-là, c’est un peu plus facile à approcher. On a communiqué sur Facebook ou par SMS aussi. On pourrait encore le faire car ce n’est pas suffisant. A chaque fois qu’on a généré des appels aux dons, il y a eu un impact. Les gens nous soutiennent, notamment pendant la période du confinement, qui était une période assez compliquée, mais cela nous a permis de mieux nous organiser, de mieux approcher les personnes extérieures et c’est là qu’on a eu le plus de donateurs. Même des dons informatiques ont été faits grâce à la Métropôle. Aussi, la Mairie nous a aidé à trouver des places dans des auberges de jeunesse pour les jeunes qui étaient dehors à ce moment-là mais derrière, il fallait travailler tout l’aspect socio professionnel. On va vers l’autre et on vient de plus en plus vers nous. Dans les moments compliqués que peuvent subir les personnes que l’on accompagne, on y met quand même ce petit côté d'«envie que ça aille mieux ». On est dans la construction de relation. Et d’ailleurs, on a des relations plutôt facilitantes, avec un peu tout le monde.


"On essaye tout simplement d’apporter un peu de gaité et de bonheur au quotidien de ces gens"

De nombreux jeunes s’engagent à nos côtés. Par exemple Bakar, qui nous rejoint sur un TOPLA, avec 40 heures de bénévolat, touchera une indemnisation de 400 euros pour travailler sur ses projets. On peut mettre des projets en place avec les jeunes et les moins jeunes car tout le monde est plutôt dynamique.

Travaillez-vous en collaboration avec d’autres associations, institutions, entreprises ?


On s’appuie sur l’expertise des autres associations qui sont là depuis longtemps. Par exemple, on travaille avec des collectifs comme les EGM (états généraux d’immigration) qui ont une vision administrative du Droit plus précise que nous. On collabore avec plusieurs organismes comme la Friche Lucien ou Majk Solidarité,une asso qui nous donne énormément de dons. La MJC de Saint-Sever est un de nos partenaires clefs: ils nous ont mis à disposition un local pour pouvoir collecter et distribuer nos denrées alimentaires de manière temporelle. Enfin, il y a aussi la Meltinerie, qui est une asso de jeunes étudiants hyper dynamiques, engagés, qui facilitent la coordination entre les différents organismes de soutien. Tout cet ensemble donne de la force.

Est-ce que vous recrutez ?

Oui, on recrute des bénévoles. Être bénévole chez PAM, c’est tout simplement nous aider à améliorer notre organisation. C’est vraiment un besoin parce qu’on peut toujours s’améliorer. Nos principales activités sont l’aide alimentaire, l’aide vestimentaire, l’accompagnement aux démarches administratives et sociales et enfin l’insertion. C’est assez compliqué en ce moment, surtout en temps de Covid, car on a des personnes fragiles dans l’association et on ne peut plus mener les actions de la même manière. Mais on a besoin de personnes pour rééquilibrer les choses, se répartir les tâches, ou encore nous donner de nouvelles idées.


On recherche des personnes retraitées qui auraient du temps à nous donner afin d'aider des jeunes à s’améliorer dans leur parcours scolaire. Ce serait bien que ces personnes ou d'autres viennent parler de leur métier pour aider les personnes à insérer. On aura besoin aussi a un moment donné de l’argent, parce qu’on est une asso 100% bénévole. Par exemple, sur les dons alimentaires, on nous en a tellement donné que c’est rare qu’on sorte de l’argent pour en acheter mais par contre, pendant le confinement, on a dû payer un certain nombre de nuitées à l’auberge de jeunesse. Beaucoup de personnes ont du faire des cartes consulaires, des démarches administratives, et là c’est de l’argent de l’association qui a été sorti.



Pour conclure, je pense qu’il faudrait qu’il y ait des gens qui explorent avec nous des pistes de développement pour pouvoir faire grandir la chose. On ne pourra pas faire de demandes de financement tant qu’on ne sera pas plus grands parce que cela nécessite du temps et de l’organisation. Mais nous avons besoin de bénévoles, quels qu’ils soient. On est comme on est, on a appris sur le tas.


Comment faire pour vous contacter ?

Pour nous joindre, ça se passe sur notre page Facebook :

« Association pour un avenir meilleur », ou par mail « pourunavenirmeilleur76@gmail.com".

On est assez réactifs sur vos questions et on communique sur nos besoins de collectes.

Que faut-il savoir avant de s’engager ?

L’important c’est de s’ouvrir. Tu ne peux pas dire, je défends telle cause, si tu ne vas pas vers les autres. La cause des migrants ne peut pas être qu’interne ou intra, c’est à dire qu’il faut aller vers les entreprises, vers les financeurs parce qu’à un moment donné, ça peut être utile dans les démarches. Il ne faut jamais oublier que l’objet principal est d’apporter une vie meilleure au public concerné. C’est un peu bipolaire l’associatif de soutien aux migrants, parce que tu peux passer des larmes, à un truc qui peut te faire danser d’un seul coup. Il n’y a pas de triche entre les sentiments, c’est très naturel. On n’est pas amené à passer toute notre vie ensemble mais à partir du moment où les chemins se croisent, c’est quelque chose de naturel et magique.

Quels sont vos besoins ?

Nos besoins actuellement, c’est de repérer des appartements pour des jeunes, qui vont peut-être se retrouver dehors après la trêve hivernale au mois de février. C’est une période qui va être assez difficile.

Quelles sont vos aspirations à long terme ?


On aimerait avoir notre lieu, qu'il soit géré par les personnes qu’on a aidé à un moment donné et qui ont envie de s’engager. Qu’on puisse avoir un lieu où l’on peut s’amuser, travailler, soutenir ceux qui arriveront encore. Avoir quelques pièces pour que des personnes puissent y dormir, que ce soit vraiment notre lieu à nous. Qu’on ait cette fierté qu'il soit multi-géré par toute cette famille du monde qui nous compose. On veut faire un mélange de personnes engagées et de personnes dans le besoin et pourquoi pas demain, avoir vraiment notre entité, pouvoir faire des activités que l’on fait déjà en autodidacte. Je pense qu’on ne se le dit pas assez souvent mais en tout cas, on a bien avancé. Il s’est passé tellement de choses qu’on n’a même pas eu le temps de l’asseoir quelque part malheureusement. Je pense qu’on pourrait écrire un livre, on pourrait raconter un carnet de vie et ça ne serait que du bonheur à raconter.


"Il n’y a pas de triche entre les sentiments"

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