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  • Atelier Lucien

• ITW • Lola et Marie du groupe des colleuses

Dernière mise à jour : févr. 10

Le Féminisme, encore trop peu connu ou respecté aujourd’hui, a parfois besoin de se faire entendre. Et quand les débats ne suffisent plus, c’est armées de colle et de pinceaux que les colleuses vont exprimer leur colère mais aussi leur soutien. Lola et Marie nous expliquent comment ça se passe :



Parlez nous de vous


Pouvez-vous vous présenter ?


Moi je m’appelle Lola et je fais partie du collectif de collage de Rouen depuis un an, où j'y gère une partie de l'organisation.

Je m’appelle Marie et ça fait 6 mois que je suis dans le groupe de collage.



Quel a été le déclic qui vous a fait vous engager ?


Lola : Ça faisait un moment que j’étais féministe, sauf que je ne faisais pas grand chose. Quand tu vois un peu toute la merde autour de toi, toute l’horreur qui se passe à côté et que tu ne fais rien, c’est juste une source de tristesse et un peu de désespoir. Donc j’ai essayé d’utiliser ma colère et ma tristesse comme un moteur et de les mettre dans des actions. De faire quelque chose quoi ! Je me sens beaucoup mieux à agir, à sentir que je participe à un mouvement. Ça fait du bien à soi-même surtout quand on sait qu’on touche d’autres gens.

Marie : Ce qui a été décisif pour moi, c’est un peu comme Lola. Ça fait un petit moment que je suis féministe, que je m’intéresse au sujet et que je me renseigne. Je crois que c’est dû à l’accumulation de frustration. Les mots ne suffisaient plus (les débat entre autres) et quand j’ai vu les collages dans Rouen, je me suis dis « c’est trop bien ! ». Le soir, je me sentais un tout petit peu plus forte de voir qu’il y avait ça. Aller seule en ville avec d’autres meufs, aller coller sur les murs et s’approprier l’espace public, c’est très fort. Et puis se dire que ça va être vu par d’autres gens, que ça va leur donner du courage, c’est vraiment cool.


"J’ai eu une prise de conscience, il fallait que ça stop"

Quelles sont vos inspirations ?

Lola : Moi, je suis féministe radicale inclusive. Ça veut dire que je lutte pour toutes les femmes et toutes les minorités de genre (femmes transgenre, femmes voilées, les travailleuses du sexe etc). Je tiens à préciser que dans les collages, il y a eu plusieurs mouvements. La créatrice des collages (dont je ne citerai pas le nom) a montré qu’elle était clairement transphobe. Il y a eu donc une rupture entre les transphobes et les féministes inclusives. Cette différenciation là, moi j’appuie beaucoup dessus. Car on n’est pas transphobe et on souhaite clamer notre inclusivité.


Marie : Je suis aussi féministe radicale inclusive. Pour mes inspirations, il y a eu le grand mouvement de Mona Cholet. Même s'il y a la controverse sur son côté radical, je trouve que c’est une journaliste qui a réussi a faire un énorme condensé en un livre, notamment Sorcière, qui est vraiment impressionnant. Il aborde pleins de points et ouvre sur pleins de sujets encore peu connus. Mes inspirations ont aussi été toutes les meufs qui m’entourent. De les voir se dépatouiller toute seule, comme elles peuvent, de se retrouver tout le temps dans les même situations, d’être en panique dans la rue, dans une soirée, dans la foule, de se demander ce qu’il va se passer, ou même s’il se passe rien, être dans l’appréhension. Je crois que c’est surtout ça ma plus grande inspiration. C’est plus l’expérience de vie qu’il y a derrière. Ce n’est plus possible. J’ai eu une prise de conscience, il fallait que ça se stoppe.


"Mon premier collage c’était « VIOLEUR À TOI D'AVOIR PEUR » J’ai quand même versé ma petite larme..."

Quel est votre plus beau souvenir au sein de l’association ?

Lola : Je pense que mon plus beau souvenir, c’est lorsqu’on collait place Saint Marc. On était en face d’un bar et à chaque fois qu’on posait une lettre, les gens essayaient de deviner la prochaine. C’était un peu un genre de motus, c’était très marrant. Il y a eu tout un applaudissement et ça faisait chaud au cœur. Il y a eu pleins de femmes qui sont venues nous voir en nous remerciant, en disant à quel point ça leur fait du bien de voir ces messages là, et ça c’est beau. Tous les remerciements, de toutes les femmes qui nous croisent et qui se sentent moins seules, qui trouvent que c’est incroyable ce que l’on fait, c’est le plus important pour moi.




Marie : Je crois que ça a été ma première session de collage. Toute stressée, toute excitée en même temps, de ne pas du tout savoir comment ça va se passer, si on va se faire embêter ou pas. Quand des femmes passent et qu’elles te disent merci, t ‘as juste envie de leur dire de nous rejoindre. Les plus beaux moments, c’est aussi le Mansplaining. Il y en a qui viennent te dire comment faire ton truc, ça c’est des bons moments parce qu’après on rigole bien de la situation. Mais en fait, mes plus beaux souvenirs, c’est chaque collage je pense. Mon premier c’était « VIOLEUR C’EST À VOUS D’AVOIR PEUR », j’ai quand même versé ma petite larme en le collant.



Est ce que c’est angoissant quand vous allez coller ?

Marie : C’est plutôt excitant !


Lola : Il y a toujours une petite part de stress quand même. Parce que déjà, un groupe de femme qui se trimbale dans la rue, le soir, sceau à la main… Mais le fait d’être en groupe et de savoir qu’on va mettre la main à la patte, qu’on va militer dans l’espace public, qu’on est toutes ensemble, ça redonne un petit coup de motivation. On oublie rapidement qu’on était stressées et on se repose les unes sur les autres. C’est pour ça que « collectif » c’est un mot assez fort, parce que ça représente bien l’esprit de sororité qu’on essaye de faire transparaître chez nous.



Marie : Je crois que le truc qui m’angoisse le plus, c’est quand il y a des personnes qui repassent plusieurs fois. Ça nous est arrivé un soir de collage, place Beauvoisine. Une voiture qui passe en boucle et tu te dis « c’est quoi le problème ? ». Il y a eu d’autres histoires, dans d’autres villes, où des colleuses se sont fait embêter. C’est plus de l’appréhension, mais une fois qu’on retrouve les autres, ça va. Tu sais que tu vais faire le truc rapidement, et même si tu angoisses c’est de la bonne angoisse...


"Que tu veuilles le voir ou non, tu le verras quand même"


PARLEZ NOUS DE VOTRE COLLECTIF



Pouvez vous présenter votre collectif ?


Lola : Le collectif de Rouen est né en septembre 2019, par une rouennaise. Mais elle est partie rapidement à Barcelone, donc le collectif n'était presque plus actif et n’existait plus vraiment. Quand une amie et moi sommes arrivées sur Rouen en Janvier 2020, on a voulu rejoindre les colleuses. On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose, qu’il fallait qu’on redonne un second souffle au groupe. Alors on a repris les comptes, on a réengagés des sessions, et petit à petit pleins de nouvelles colleuses se sont rajoutées à nous et ça a grossi. Ça a prit une ampleur assez intéressante. Maintenant on a passé les 2 000 abonnés sur Instagram ! C’est un mouvement national, presque international. Il y en a même au Portugal ou encore en Espagne. C’est quelque chose qui touche toutes les femmes en fait et c’est ce côté « par les femmes pour les femmes » qui est important et qu’on essaye de mettre en avant. Maintenant, ça va faire 2 ans qu’il existe et qu’on essaye d’être aussi actives que l’on peut, même avec les conditions sanitaires


"La violence qu’on subit, elle est là, elle est présente et vous allez la voir, même si c’est par des slogans"

Combien de colleuses êtes-vous ?

Lola : On est à peu près 80 colleuses qui sont dans le collectif et qui ont accès aux informations. D’actives (surtout en ce moment), on doit être une petite vingtaine je pense car c’est compliqué de garder de la continuité avec la situation. Mais on a un noyau de 15-20 colleuses régulières. Quand tout va bien, on colle toutes les semaines, mais avec le couvre feu à 18h c’est un peu plus compliqué de garder ça en place...

Vous collez jour et nuit ?

Lola : De base quand tout va bien, on colle plutôt de nuit, parce que c’est là qu’on va moins se faire « emmerder » par les passants. Avec le couvre feu de 20h, on essayait de coller un peu avant. On a réussi à le faire quelques fois ,mais c’était compliqué car Il y avait beaucoup de passages. Avec le couvre feu à 18h, c’est encore moins possible. Sinon il faudrait coller le matin après 6h. Il y a quelques collectifs qui le font, mais ce n’est pas facile de mettre ça en place pour tout le monde. On essaye de faire de notre mieux. Ce qu’on fait aussi en ce moment, c’est les collages virtuels. Ou alors on colle chez nous, pas avec de la vraie colle évidemment, plutôt avec de la pâte à fixe [rire]. On essaye de détourner juste le mur et de garder l’esprit que communique les collages.

Quelles sont les personnes que vous visez de manière générale ?


Lola : Le but c’est de viser tout le monde. On vise les femmes pour montrer notre soutien mais aussi toutes les personnes qui sont peut être moins renseignées et moins sensibilisées, celles qui veulent garder cette technique de l’autruche, à ne pas regarder ce qui se passe. Les collages c’est dans la rue, tout le monde y a accès, que tu veuilles le voir ou non, tu le verras quand même. C’est simple, tu passes devant le collage, tu vois le slogan et tu l’as dans la tête. Ce qu’on veut c’est aussi un peu secouer et dire « La violence elle existe ! La violence qu’on subit, elle est là, elle est présente et vous allez la voir même si c’est par des slogans. Vous allez vous en rendre compte ». Donc on essaye de toucher tout le monde, sensibiliser, montrer que c’est présent et apporter notre soutien.


Marie : Ça vise majoritairement les femmes pour le soutien, mais ça dénonce aussi. Quand on s’adresse à « toi violeur », là c’est clairement une prise de conscience. On essaye un peu de choquer pour provoquer ça.


Lola : D’ailleurs les mots qui tiennent le moins c’est les mots « viol » et « violeur ». Quand on les colle, ça ne tient pas du tout, parce que c’est arraché. C’est quand même des termes où les gens se sentent un peu touchés, il y a quelque chose qui gène parce que quand on a fait une session sur les règles, les collages ont tenus très longtemps. Évidement, il n’y avait pas le mot « viol »… Il y a des choses qui touchent le public plus que d’autres.





Travaillez-vous en collaboration avec d’autres associations/collectifs ?


Lola : On travaille beaucoup avec le GAF (Groupe d’Action Féministe), anciennement DDF (Droit Des Femmes) à Rouen. On a fait pas mal d’actions ensemble. Elles organisent des manifestations par exemple et nous on vient coller à côté. On a fait ça pour la manif du 8 mars 2020 avec des sessions sur les règles, la précarité menstruelle, sur l’avortement. En fait, on fait des choses ensemble sur des thématiques communes. On essaye aussi de faire des sessions nationales, où tous les collectifs de France ont les mêmes slogans. Du coup, on retrouve la sororité mais à un niveau encore plus étendu.

Et vous recrutez ?


Lola : Oui oui, on recrute toutes les personnes femmes et minorités de genre, qui pourraient être intéressées de venir participer avec nous. On veut que le but ultime ça soit que n’importe quelle personne qui ait envie de coller, puisse le faire et vienne le faire avec nous. Parce que comme je l’ai dis, la sororité, c’est le fait de faire ensemble, de montrer qu’on est là, qu’on existe, que notre colère est présente ! Venez coller avec nous, les sessions de collage c’est toujours très fort, ce sont des moments de partage et d’entraide.



Comment faire pour vous rejoindre ?


Lola : Nous avons un compte Instagram, un compte Twitter, et une page Facebook


« Collages Féministes de Rouen »


Vous nous envoyez un message en disant que vous souhaitez participer et à ce moment là, on vous envoie la charte de notre collectif avec un guide qu’on a écrit. Une fois que la charte a été approuvée et que vous consentez à la respecter, vous pouvez venir à toutes les sessions qu’on organise. On réfléchit toujours ensemble aux slogans qu’on colle, tout le collectif est dans la réflexion.


Avez-vous des besoins spécifiques ?

Lola : On a une cagnotte qu’on peut trouver sur nos réseaux sociaux. Ce qu’on fait ça ne coute pas extrêmement cher. On a besoin de sceaux, de s’acheter de la colle, de la farine, du papier, de la peinture, des pinceaux et des brosses pour coller sur les murs. C’est pas des choses qui coûtent très cher, mais combinées ça commence à faire des petits montants. Donc si jamais vous ne pouvez pas venir avec nous participer aux collages, c’est toujours une façon de nous apporter du soutien financier ou matériel si c’est possible. Mais vous pouvez aussi nous envoyer des messages de soutien. Ça fait toujours plaisir, c’est très important pour nous.


Marie : Partagez sur les réseaux aussi. Montrez que le mouvement est là, qu’il existe. Il y a pleins de façon de nous soutenir sans venir participer. Je sais que ce n’est pas possible pour tout le monde et que ce n’est pas si simple donc n’hésitez pas à nous contacter pour toutes sortes de choses, on est ouvertes à la discussion.



Source : images tirées du compte Instagram "Collages féministes de Rouen"

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